Discours de Ségolène Royal
Présidente de l’Association  France Algérie
Samedi 17 Janvier

Retrouver la vidéo du discours sur notre chaine Youtube.
Mesdames, Messieurs, chers amis, d’ici et de l’autre rive.
Je suis très honorée d’avoir reçue de la part des membres de l’AFA, la responsabilité
de la présider.
Fondée en 1963, au lendemain de l’indépendance de l’Algérie, à l’initiative de
Germaine Tillon avec le soutien du Général de Gaulle, cette association travaille
depuis plus de 60 ans au développement du dialogue, de l’amitié, de l’échange, de la
compréhension mutuelle, de la recherche et de perspectives communes.
C’est bien l’objectif de ces rencontres d’aujourd’hui, en partenariat avec la fondation
Res Publica fondée par Jean-Pierre Chevènement .
Si j’ai accepté cette mission, c’est parce que je crois sincèrement, profondément,
émotionnellement que l’amitié entre l’Algérie et la France n’est pas une option
aléatoire et vacillante. C’est une nécessité humaine, morale, culturelle, économique,
réparatrice, en un mot : essentielle.
L’histoire entre la France et l’Algérie est une histoire blessée, faite de domination, de
violences, d’humiliations mais aussi de luttes, de résistances, de destins mêlés, de
familles construites entre les deux rives, de projets économiques et culturels
communs, de partenariats et de réussites, trop souvent occultés ou méconnus et que
nous devons mettre en valeur.
La question mémorielle que certains pensent préférable de mettre sous le tapis, me
paraît au contraire importante.
La mémoire n’est pas un champ d’exploitation politicienne ou de fabrication de
l’Histoire, comme ceux qui voulaient inscrire dans la loi « les bienfaits de la
colonisation ». Une telle loi serait incompatible avec une République qui a inscrit Ã
son fronton : Liberté, Égalité, Fraternité.
Je me suis opposée à ce projet législatif. De même je suis allée à Dakar, pour
excuser le discours indigne de celui qui avait déclaré que « l’Afrique n’est pas rentrée
dans l’Histoire » (alors même que notre ancêtre, Lucie est en Éthiopie !)Il y aura toujours des postures politiques, des provocations, des discours qui
déchirent au lieu de relier.
C’est une faute envers nos diasporas, nos jeunesses, une faute envers la
Méditerranée qui est un berceau de civilisations « superposées », comme écrivait
Fernand Braudel. Je peux même dire : des civilisations « entrelacées ». Le pluriel est
nécessaire car il n’y en n’a pas une qui domine les autres.
L’amitié réparée entre nos pays, nos peuples, l’apaisement des relations doit se
réaliser. Nous le devons à notre jeunesse !
Elle est une condition pour libérer les envies de construire, de créer, de comprendre, d’inventer, bref, d’être heureux.
Abattre les murs pour construire des passerelles de savoir et de respect, par le
dialogue.
Cette association est une œuvre collective qui repose sur des femmes et des
hommes engagés depuis des années, toujours avec fidélité à l’idée de réconciliation.
Donc je ferai tout ce que je peux pour que l’on sorte de ce difficile problème de la
mémoire.
Je n’accepte pas le concept de « rente mémorielle » parce que c’est une manière
commode de délégitimer la parole des blessés de l’histoire.
La mémoire des violences coloniales n’est pas un calcul ou un intérêt, c’est un droit
de reconnaissance, de faits établis et documentés.
Certains crimes de la colonisation, certaines blessures n’ont pas été nommés, ni
réparées, ni excusés. Elles doivent l’être par la France comme l’ont fait d’autres
pays.
C’est cette reconnaissance qui permettra une résilience complète, et la libération
vers la création positive de projets communs joyeux et enthousiasmants.
En effet, la mémoire n’est pas une assignation à vie, une culpabilité héréditaire, c’est
un socle commun sur lequel on peut construire le « plus jamais ça ».
Réparer, passe par la restitution des biens culturels et des archives. Et bien sûr pour
tout le continent africain comme je le dis depuis longtemps, en soutenant la
réclamation de l’OUA.
Je ferai tout pour ce qui est en mon pouvoir pour que l’on avance sur cette question.
Je voulais vous dire aussi que c’est une belle histoire que de s’inscrire dans la lignée
de Germaine Tillion. Comme ethnologue, elle a vu, elle a écrit, compris très tôt les
dégâts produits par ce qu’elle a appelé «la dépossession coloniale ».
Elle est l’une des rares à avoir condamné la torture pendant la guerre, qu’elle qualifie
de « déshonneur moral » pour la France.
Elle n’a pas été assez écoutée, comme trop souvent les paroles des femmes quand
elles dérangent. Si elle avait été un homme, au lieu d’être chargée de mission auprès
de, elle aurait été gouverneur d’Alger. Elle qui choquée par la « misère organisée »
par l’occupant colonial avait créé les centres sociaux. Nul doute qu’avec elle au
pouvoir, la suite de l’histoire aurait pu être intelligente et sans violence.
Elle savait dire non, parce qu’elle savait dans sa chair, rescapée du camp de
Ravensbrück, ce que veut dire la violence institutionnalisée. Résistante, déportée,
résidente en Algérie et maintenant au Panthéon.
Elle savait donc mieux que quiconque que la mémoire oblige, élève et permet de
construire le futur.
La relation entre l’Algérie et la France peut devenir, j’en suis certaine, créatrice,
enthousiaste avec les générations qui vivent passionnément, qui innovent, avec les
entreprises qui coopèrent pour les deux rives.
C’est une relation qui pourrait être tellement gagnante, énergique dans biens des
domaines , l’entreprenariat, l’agriculture, la santé, le numérique, l’énergie, les
transports , les industries vertes, l’eau, les transports etc.
La chambre de commerce France-Algérie, et son président Michel Bisac ici présent
sait que je suis mobilisée pour soutenir les projets
Pour terminer je partage avec vous cet appel de Kateb Yacine, « l’avenir n’est pas à attendre, il est à prendre » Alors prenons-le avec toutes les personnes de bonne
volonté, pour relever l’amitié entre l’Algérie et la France.